"Ceux qu'on n'entend pas", témoignages des auteurs

Vu sur le site ATD Quart Monde France :

« Je ne me souviens pas exactement comment la bibliothèque de rue [1] est arrivée, mais je sais qu’ils sont venus. Et ce que je me rappelle le plus, c’est que c’était toujours positif. Dans l’ambiance difficile du quartier, on se demandait pourquoi les animateurs venaient nous voir. Dans la rue, on voyait arriver les gangs. Nous, les enfants, on se disait alors : « On va rester ici et rien ne va nous arriver. » » Alvenia Hutton, une jeune afro-américaine de 26 ans, raconte dans le film « De Brooklyn aux Nations Unies » comment, enfant, elle a connu ATD Quart Monde.

Étapes

« Ce que je trouve passionnant, dit Kanokkarn Nakpassorn, la volontaire permanente d’ATD Quart Monde qui a réalisé « De Brooklyn aux Nations Unies », c’est que l’on assiste aux différentes étapes qui ont permis à Alvenia de passer, au fil des années, de la bibliothèque de rue à Brooklyn à l’animation d’une rencontre au siège des Nations Unies, lors de la Journée mondiale du refus de la misère, le 17 octobre 2010. » Kanokkarn travaille aussi à la traduction en anglais des différents films du Webdoc. « À ATD Quart Monde, poursuit-elle, nous montrons souvent des personnes très pauvres qui s’expriment, mais rarement comment elles s’y préparent. Les différents films montrent cela d’une façon très vivante, actuelle et internationale. »

Culture et confiance

Cette participation des plus pauvres commence au sein d’associations, comme on le voit avec le comité de pilotage du groupe ATD Quart Monde d’Angers (film « Une expérience pour décider ensemble ») ou le Comité de rassemblement Quart Monde de Port-au-Prince à Haïti (film « Une reconstruction avec tous et pour tous »). Elle s’étend peu à peu à d’autres sphères, par exemple jusqu’aux institutions européennes, comme le montrera un prochain film.
Dans « De Brooklyn aux Nations Unies », Alvenia continue son histoire. Elle se rend aux Nations Unies pour la première fois avec la bibliothèque de rue à 11 ou 12 ans et découvre que la pauvreté ne touche pas que des minorités ethniques, mais aussi des blancs. Un mot revient souvent entre ses lèvres : « culture ». Pour elle, il signifie aussi rencontre, confiance, engagement collectif… « Grâce à ce que j’ai vu et compris, dit-elle, je sais qu’il y a davantage de choses que ce que l’on pense, et qu’elles ne sont pas inaccessibles. Il a fallu que l’on me donne une ouverture, et des choses se sont passées. »

L’espoir est encore loin

« Les familles les plus pauvres attendent que la vision qu’elles ont de leur futur soit prise en compte et que les projets rejoignent cette vision », entend-on dans le film « Une reconstruction avec tous et pour tous » tourné à Haïti. On est encore loin de cet espoir, puisque ce film montre bien que les organisations internationales qui sont intervenues après le séisme de janvier 2010 à Port-au-Prince ont très peu tenu compte de l’expérience des familles qui vivent là en permanence.
Pourtant, le webdoc « Ceux qu’on n’entend pas » montre qu’il est possible que des choses changent. Du côté des pauvres, on est prêt.