Les personnes vivant dans la pauvreté sont acteurs de changement

Article vu sur le site ATD Quart Monde France

 Pour le 10ème anniversaire de l’année internationale des volontaires créée par les Nations Unies, Philippe Hamel, volontaire permanent d’ATD Quart Monde, a réalisé en 2011 huit films vidéo dont plusieurs figurent dans le Webdoc « Ceux qu’on n’entend pas ».

La question de la participation des plus pauvres se pose-t-elle de la même façon dans tous les pays ?

Les conditions de vie sont différentes d’un pays à un autre, bien sûr, mais je crois que certaines questions sont universelles : la place des plus pauvres dans la communauté, leur volonté d’être utiles, la façon dont les projets sont conçus avec ou sans eux... Début 2011, ATD Quart Monde a lancé un projet citoyen d’initiation aux nouvelles technologies dans le Nord-Pas-de-Calais. Certains membres ont visionné le film « Nouvelles technologies pour tous à Madagascar », où l’on voit formateurs, entreprises et stagiaires eux-mêmes (dont certains vivent sur une décharge) mettre tout en œuvre afin que tous aillent jusqu’au bout des deux ans de formation. Dans le Nord-Pas-de-Calais, des gens disaient : « ATD Quart Monde nous propose des ateliers Internet, mais si l’on a trop de difficultés, nous aidera-t-on à continuer ? » C’était les mêmes questions qu’à Madagascar.

Les films que vous avez réalisés montrent toujours des personnes en action...

En France, à des fins électorales, certains ont prétendu que les pauvres étaient des fraudeurs, qu’ils représentaient un coût pour la société, etc. À travers nos films, on réalise au contraire que des gens qui vivent dans la pauvreté sont, s’ils sont soutenus, de vrais acteurs de changement. À Maubeuge, le jour du paiement du RSA, certains vont à la rencontre du public dans les files d’attente à la Poste pour informer les gens sur leurs droits, et en particulier sur le droit au logement. Au Rwanda, des personnes dans un dénuement extrême s’entraident dans des travaux de reconstruction. « Chaque goutte de sueur que je mets dans le champ de mon voisin, disent-elles, est un geste de réconciliation. » Dans ce pays comme en France, en Haïti, aux États-Unis, au Sénégal, partout, des personnes vivant dans la pauvreté s’organisent pour agir, mais on ne reconnaît pas cet engagement. Tous les projets de lutte contre la misère et de développement, au nord comme au sud, devraient être attentifs à ce que les personnes pauvres ont déjà entrepris

Propos recueillis par Jean-Christophe Sarrot